EXPOSITION ARCHIVES

TSUNAMI ARCHITECTURE

DU 30 AOÛT AU 26 OCTOBRE 2014

 

Il semble que c’était hier. Et pourtant, en décembre prochain, nous commémorerons déjà l’anniversaire des 10 ans du tsunami survenu dans l’océan Indien le 26 décembre 2004. Parce que les feux de l’actualité sont sans cesse redirigés ailleurs, Tsunami Architecture permet de relire un chapitre de l’histoire récente à travers le regard de deux plasticiens partis plusieurs mois dans les contrées les plus dévastées par cette catastrophe. Si l’art contemporain nous permet souvent de vivre des moments de délectation, il sait aussi se faire l’écho des moments difficiles et témoigner de la douleur des individus. Bien que focalisée sur un drame historique, la sixième exposition du CACY est moins là pour parler d’une situation précise que pour apporter un message universel sur ce genre de drame. On pense notamment au tsunami survenu dans l’intervalle au Japon. Mais celui de 2004 reste, malheureusement, incomparable par son étendue géographique, le nombre de ses victimes – plus de 200 000 personnes, dont 2 240 touristes européens – et l’aide internationale mise en place. Au croisement des intérêts de Christoph Draeger et de Heidrun Holzfeind – continuellement plongé dans la problématique de la catastrophe pour le premier et reconnue pour ses vidéos sur l’architecture pour la seconde – cette exposition est à vivre comme un rempart contre l’oubli et rappelle que les artistes ont aussi le devoir de témoigner des événements du monde. Couple à la ville comme au travail pour certains projets menés de concert, les deux artistes décident, l’hiver 2010-2011, de partir en Asie du Sud-Est pour réaliser un film qui documentera la situation post-tsunami. Ce périple, engagé, se précise au gré des rencontres et des recherches faites sur place. Ils reviennent trois mois plus tard en Europe avec un film – documentant la manière dont les gens se remettent de la catastrophe – qu’ils montent en cinq chapitres portant sur les cinq pays visités : la Thaïlande, l’Indonésie, le Sri Lanka, les Maldives et le sud de l’Inde.

En cours de route, Christoph Draeger en profite pour poursuivre sa série des Voyages apocalyptiques, entamée en 1994 – en se rendant des années après sur des sites d’anciennes catastrophes, humaines ou naturelles. De ce séjour, il rapporte une dizaine de clichés pris sur les lieux accidentés par le tsunami certes, mais également sur d’autres où se sont déroulés un crash d’avion ou des attaques terroristes. Ces photographies témoignent de l’ordre rétabli après la « tempête ». Sans sensationnalisme, avec un cadrage classique, elles n’ont a priori rien d’exceptionnel tant que le passé n’est pas réactivé par le souvenir ou un récit. Mais force est de constater qu’elles agissent très vite sur notre mémoire visuelle collective, obligée de se confronter au désastre survenu. Quand on sait que les nouvelles de catastrophe génèrent un maximum d’audience et ce malgré l’aspect réducteur de certains reportages journalistiques, les images de Draeger ont la pudeur de montrer l’après, sans commentaires. Le même phénomène se produit avec Boxing Day Tsunami Survivors : sur des airs de photos de vacances, des survivants au Tsunami posent délibérément devant la mer. Ces paysages côtiers sont bien évidemment moins idylliques qu’angoissants au vu des traumatismes vécus, lesquels ne transparaissent nullement dans la composition qui ne dévoile ni lieux du drame ni blessures ostentatoires.

A house is a house… de Heidrun Holzfeind est un double diaporama se renouvelant au rythme des carrousels : ces diptyques animés montrent la cicatrisation d’une région par la reconstruction rapide d’une architecture pas toujours adaptée. A travers l’aspect une fois de plus documentaire de ce travail, il est question avant tout d’humanité : « Les gens nous ont souvent donné l’impression qu’une fois après avoir reçu leur nouvelle maison, ils avaient été abandonnés là avec leurs soucis. Il reste pourtant pléthore de problèmes : Comment oublier ce qu’ils ont perdu ? Comment recommencer à travailler ? Comment vivre dans une maison si différente de ce qu’ils connaissaient auparavant ? », explique Draeger. D’un autre côté, certains passages des films de Tsunami Architecture laissent entendre comment le profit s’installe en toutes situations. Dans un autre registre, le diaporama Filmset dit la même chose. Réalisée en Thaïlande dans les décors de ruine du film The Impossible (2012) – production racontant le drame du tsunami à travers l’histoire d’une famille – qui se tournait l’hiver 2011 à Khao Lak, cette série d’images nous livre non sans ironie un commentaire sur la fatalité de cette situation, récupérée rapidement par l’économie du cinéma. Elle agit à la manière d’une respiration dans le contexte chargé de cette exposition, bien issu du réel….comme en témoigne le found footage accumulé sur la catastrophe elle-même, un concentré d’images amateurs qui ont néanmoins fait déjà plusieurs fois le tour du monde.

Dans la pénombre de la dernière salle d’exposition, un ciel étoilé se découvre en silence et dialogue avec une forêt animée par des forces indicibles. Végétal ou aérien, le registre de cet univers phosphorescent abat les lourdes parois du bâtiment en perçant des ouvertures par-delà la réalité physique de l’architecture. Peinture monumentale réalisée in situ par Eric Winarto qui ne cesse de peindre sur le même sujet depuis des années, Blacklight Selva offre une vision onirique du monde, dans le sillage des maîtres romantiques pour lesquels sensations et sentiments prenaient le pas sur les règles strictes de l’art alors en vigueur. Illustrant une nature sauvage et dans le même temps l’existence d’un monde infini et complexe, cette double composition pose la question du basculement qui peut s’opérer à notre insu entre parfait équilibre et tourment… de l’âme, de la vie ou de la nature.

Karine Tissot

Vernissage le 30 août 2014, 17.00

Autour de l'exposition

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Ville d'Yverdon-les-Bains
   
   
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